L’extinction (part. 1)

Paul sortit de son appartement et marcha jusqu’à la station de métro “Rome” située à quelques minutes de chez lui. Il prit la ligne 2 pour rejoindre son travail installé à une rue de la station “Ternes”. Le métro était bondé. Aujourd’hui cela l’arrangeait, difficile d’être remarqué dans une rame où il est impossible de voir plus loin que le dos de son voisin. 

Il arriva au travail à l’heure. Il scruta l’immense building avec sa porte automatique large de plusieurs mètres. Le premier vrai obstacle se trouvait devant lui. Il devait réussir à rentrer dans le bâtiment et rejoindre son bureau sans croiser aucun collègue.  

Il badgea et vit la grande porte s’ouvrir. Il pénétra dans le hall et fit un signe rapide de la tête aux deux agents de sécurité qui se trouvaient à quelques mètres de lui. Il appuya sur le bouton de l’ascenseur sans oser se retourner. Pour l’instant, il avait eu de la chance et n’avait croisé personne. Il prit l’ascenseur jusqu’au 4ème étage et courut dans le long couloir qui menait à son bureau. Il ouvrit la porte rapidement, les mains tremblantes, et ferma directement derrière lui. Aujourd’hui, il ne désirait aucune interaction. Il voulait être tranquille, seul. Il alluma son ordinateur et voulu se mettre à travailler pour se changer les idées.  

La tristesse revint vite. Il ne pouvait s’empêcher de penser à la suite. Il se demandait si sa vie se résumerait à cette honte qui l’oppressait actuellement. S’il allait vivre dans le noir jusqu’à la fin de ses jours. 

Vers le milieu de l’après-midi, il entendit la porte de son bureau s’ouvrir délicatement. Il n’avait pas bougé de sa chaise depuis son arrivée ce matin-là. Il tenta de dissimuler une grimace et de prétendre que tout allait bien. Il devait garder la face. Paul aperçut Sophie, sa supérieure hiérarchique, rentrer dans son bureau. 

  • Bonjour Paul, comment s’est passé ton week-end ? 

Elle posa la question de manière désinvolte. Son sourire forcé remontait quasiment jusqu’à ses oreilles. Sophie était une très grande femme d’une quarantaine d’année. Sa taille accentuait sa raideur et son manque de fougue. 

  • Très bien, un peu fatiguant mais c’était sympa ! 

Il esquissa un sourire timide et essaya tant bien que mal de dissimuler son mal être.   

Elle enchaîna la discussion en parlant d’un dossier qu’ils devaient rendre pour demain. Elle partit ensuite de son bureau sans se retourner vers lui, sans faire aucune allusion à sa lumière. Sophie venait d’une famille parisienne aisée. Elle savait se comporter en société et bien qu’elle ait dû remarquer son extinction, elle savait qu’il ne fallait en aucun cas y faire allusion. Paul ne savait pas si ce mutisme lui plaisait plus qu’une remarque directe. Il se demandait ce qu’elle avait réellement pensé de sa situation.  

Vers 18 heures 30, il décida de se mettre en route. Paul avait rendez-vous avec des amis dans un bar non loin de son appartement. Il avait besoin de boire, d’adoucir sa peine. S’il y a bien eu une chose qui ne l’avait pas déçu durant toutes ces années c’était bien l’alcool. Une belle relation s’était créée entre eux et elle ne risquait pas de s’effriter au vu de la situation actuelle.  

La soirée avait été planifiée il y a plusieurs semaines de cela. Il avait hâte de rejoindre ses amis même si son extinction le mettait légèrement mal à l’aise. Malgré tout, il espérait passer un agréable moment.  Julien et Caroline étaient des amis de l’université. Les deux tourtereaux s’étaient rencontrés durant leur master et étaient en couple depuis maintenant plus d’un an.  Ils étaient tous les deux au chômage ; elle venait de se faire virer suite à une baisse d’activité de son entreprise et lui avait démissionné pour vivre son rêve et devenir musicien. Bien que leur situation fût assez précaire, le jeune couple gardait une certaine joie de vivre.  

Leur rendez-vous était prévu dans le quartier animé de Pigalle. Dès le coucher du soleil, le quartier entier prenait vie. Les lumières criardes des Sex shops et autres boutiques lubriques s’illuminaient, les bars se remplissaient de jeunes étudiants venus consommer des bières bon marché et les touristes profitaient de la nuit tombée pour photographier le Moulin Rouge sous tous les angles. 

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