Le Chatoiement (part. 2)

Le lendemain la journée passa lentement, comme la veille. Il essayait de trouver une infime motivation mais il ne pouvait s’empêcher de penser à son rendez-vous du soir. Vers 19 heures, Paul sortit du travail. Il prit le métro et sortit à la station Champs-Élysées – Clemenceau afin de se balader sur les jardins des Invalides. Il était en avance et décida de passer le temps dans l’immense esplanade située en face du majestueux Hôtel des Invalides. Le temps était doux et agréable. Il s’assit dans l’herbe et profita de la vue. Il commença à se coucher sur l’herbe fraîche. Il entendait le bruit des passants au loin, tandis que le soleil effleurait délicatement sa peau.  

Il somnola durant quelques minutes. Le sommeil lui était tombé dessus, sans prévenir. Il s’évada paisiblement. Ses soucis semblaient si loin. Son téléphone se mit à vibrer. C’était Marie, elle venait d’arriver. Il se leva tant bien que mal et se dirigea vers le bar, les traits tirés. Il sentait son corps lourd et sa motivation réduire de pas en pas.  

Il marcha jusqu’au lieu de rendez-vous et l’a reconnu de dos. Elle semblait impatiente, dans l’attendre de son arrivée. Il ne savait pas s’il devait lui faire la bise ou si cela amenait trop de proximité. Il décida finalement de maintenir une certaine distance.  

– On rentre ? lança-t-elle  

Ils entrèrent dans le bar et se posèrent près de la fenêtre pour avoir une vue sur la rue. Paul était un peu mal à l’aise et il ressentait qu’elle l’était aussi. Ils commandèrent timidement leurs verres de vin puis, Paul décida de briser la glace. 

– Comment vas-tu ? 

– Ça va. J’ai beaucoup de travail en ce moment, mais j’ai enfin eu ma promotion ! Maintenant, je gère toute la région Ile-de-France et j’ai eu une grosse augmentation, donc je suis contente 

Marie semblait réciter ses phrases telle une écolière dictant une poésie qu’elle aurait apprise. Paul essaya de la cerner, de comprendre où elle en était. 

– Et ce n’est pas trop dur ? Tu as le temps de faire des activités en dehors de ton travail ? 

– Pas trop, je commence tôt et finit tard. Mais je suis enfin payée à ma juste valeur 

Elle répondait froidement aux questions et semblait fatiguée. Elle devait vouloir finir rapidement pour rentrer chez elle. Il est évident que son travail avait une place importante dans sa vie et qu’elle valorisait la réussite professionnelle. Mais elle semblait obnubilée par celle-ci, tellement qu’elle en avait oublié de prendre du temps pour elle. L’argent valait-il vraiment la peine de s’infliger ce rythme de vie ? Se lever à 6 heures tous les matins, passer des heures dans les embouteillages, multiplier les dossiers, rentrer tard tous les soirs pour enfin s’endormir devant une série Netflix, après avoir mangé un plat commandé sur Uber Eats. 

L’argent était sa motivation et sa seule compagnie dans la nouvelle vie qu’elle avait décidé de mener.  

– C’est cool pour toi si ça a évolué dans le sens que tu souhaitais. 

Il lui lança un sourire, aussi chaleureux qu’il pouvait l’être, et essaya d’instaurer un climat propice à une discussion sérieuse.  

– Sinon, je vois que tu n’as pas récupéré ta lumière ? Comment tu vis la situation ? Pour être honnête, j’ai un peu été déstabilisé lorsque j’ai perdu la mienne 

– Non, je ne l’ai pas retrouvée.  Après tu sais, c’est la vie. Je n’ai pas trop le temps de penser à ces choses-là. Je pense qu’on la perdra tous un jour c’est un processus normal de la vie. En vieillissant, on perd sa lumière comme on perd ses cheveux ou ses ongles. C’est le cycle naturel, ça ne sert à rien d’en faire des histoires. 

Elle s’alluma une cigarette de ses longs doigts blanc neige.  

– Mais je ne sais pas, tu ne trouves pas ça un peu triste ? 

– Non c’est la vie, il faut l’accepter. 

Il trouvait ses mots très rudes. Était-il totalement déconnecté de la réalité ? Pourquoi la perte de sa lumière le faisait tant souffrir ? Paul ne s’était pas vu vieillir, ni vu faner. Pourtant, en un rien de temps, il semblait s’être rendu compte qu’il avait cessé de vivre… Il ne riait plus aux éclats, comme il le faisait étant plus jeune et l’insouciance d’autrefois laissait désormais place à une raison quelque peu moralisatrice. 

Il sortit de ses pensées et regarda Marie. Il perçut sa tristesse dans ses grands yeux bleus. Il ne ressentait plus aucune lumière en elle, comme si elle en avait toujours été dépourvue. ll se demandait s’il ressemblait à ça lui aussi, si les gens le percevaient de la même façon. 

Il refusait que sa vie soit dictée par l’avidité, le carriérisme ou la nécessite de rentrer dans les cases de la société. Il voulait vivre, atteindre ses rêves, et en créer de nouveaux. 

Ils demandèrent l’addition et sortirent du bar moins d’une heure après y être entrés. Sans aucun geste amical, ils se dirent au revoir et se souhaitèrent bonne chance pour leurs projets mutuels, comme s’il en fallait pour faire face à la vie qu’ils avaient décidé de mener. Il fit quelques pas, puis se retourna dans la rue pour observer Marie rentrer dans son immeuble. Cette fois, c’était bien la dernière fois qu’il la voyait. 

Dans le métro, il repensa au rendez-vous qu’il venait de vivre. Gênant était le premier mot qu’il avait en tête. Mais cela lui avait tout de même fait du bien. Il savait maintenant ce qu’il voulait éviter. Il refusait d’avoir une vie vide de sens et voulait à tout prix retrouver sa lumière. Il voulait retrouver cette chaleur qu’il sentait battre dans son cœur.  

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