L’éclaircissement

La nuit était sombre, glaciale. Paul était seul sur la plage et marchait le long de la digue. Il observait les mouvements de la mer au loin. Il décida finalement de s’approcher pour se mouiller les pieds malgré la fraîcheur ambiante.  

Il marcha en direction de l’eau quand il sentit de vifs picotements au niveau de sa poitrine. Chaque pas en direction de la mer accentuait sa douleur. Lorsqu’il arriva sur le sable humide, il sentit son cœur s’embraser. L’eau gelée amenait par le courant ne put refroidir son corps brûlant. Il essaya d’affronter la souffrance. Mais il finit par s’effondrer sur le sable, l’eau de la mer recouvrant son corps.  

Il tenta de se relever tant bien que mal. Ses jambes titubaient. Il n’arrivait pas à tenir debout. Paul poussa un cri sourd qui s’engouffra dans la nuit. Il hurla de nouveau, sa voix se brisant de détresse. Il cherchait à expulser cette douleur enfouie. Dans un dernier cri, il sentit sa cage thoracique se craqueler. D’immenses faisceaux quittèrent sa poitrine pour inonder de lumière la plage isolée. Paul, estomaqué, observait le feu d’artifice sans pouvoir bouger. 

Paul se réveilla en sursaut et comprit qu’il était simplement en train de rêver. Il regarda son téléphone. Il était 6 heures 30. Il tenta de se rendormir mais il ne put s’empêcher de réfléchir à sa situation, à ce qu’il devait faire pour l’améliorer. Après plusieurs minutes affalées sur le matelas sans pouvoir se rendormir, il sauta finalement hors du lit et se prépara en vitesse.  

Il attrapa un café dans un coffee shop en bas de chez lui et prit le bus habituel pour se rendre au travail. Il sirotait son café en pensant à la folle décision qu’il venait de prendre. Il ne put s’empêcher de sourire dans le bus. C’était de la folie, de la spontanéité pure. C’était tellement différent de lui, de ce qu’il avait l’habitude de faire. C’est justement cela qu’il appréciait. Il arriva au travail à 7 heures 30, il n’y avait personne dans l’immeuble. Il savourait cette tranquillité matinale.  

Il arriva dans son bureau, sortit une feuille blanche de la photocopieuse et commença à écrire machinalement. Il écrivait à toute vitesse sans pouvoir s’arrêter comme s’il avait attendu ce moment depuis plusieurs mois. Les mots lui vinrent instinctivement et il eut fini en quelques minutes à peine sa lettre. Il attendit une heure sur sa chaise, regardant la ville s’agiter via la fenêtre de son bureau en finissant son café.  

Il entendit finalement Sophie arriver vers 9 heures 20. Il patienta afin de lui laisser le temps d’installer puis il se dirigea d’une démarche assurée vers son bureau.  

  • Bonjour Sophie, j’espère que tu vas bien ? 
  • Bonjour Paul, ça va et toi ? Elle le fixa d’un regard inquisiteur. Elle n’avait pas l’habitude de le voir si énergique le matin 
  • Très bien, merci. Je viens te remettre ma lettre de démission. Si cela te convient, je souhaiterais réduire le préavis au minimum et partir à la fin du mois. 

Il se retourna, sans même lui laisser le temps de répondre, et sortit de la pièce. Il reprit place derrière son bureau, les mains encore tremblantes. C’était tellement inhabituelle pour lui d’agir de la sorte. Mais après tout, n’était-il pas le seul à définir ce qu’il est ? Ne pouvait-il pas évoluer ? Devenir une autre personne ? 

Il n’avait pas eu le temps d’observer son regard, sa réaction et peu importe. À partir d’aujourd’hui, il voulait vivre pour lui-même et non plus à travers le regard des autres. Il ne savait pas encore ce qui l’attendait, mais il savait que le renouveau était tout ce dont il avait besoin. 

La démission fut moins effrayante que ce qu’il s’était imaginé. Il n’aurait pas le droit au chômage et à d’autres aides comme il était à l’origine de la rupture du contrat. Mais il voulait repartir de zéro. Quelques jours après sa démission, il contacta son propriétaire afin de déposer son préavis. Fini la vie parisienne dans son petit studio. Il s’était habitué à ce petit espace. Il s’en était fait un cocon, un lieu de réconfort. Mais il sentait aujourd’hui que cet espace le limitait, que les murs semblaient se resserrer de jours en jours. Il voyait plus grand désormais.  

La folle envie de tout recommencer l’enivra. Il commença par se libérer du superflu. Il donna d’anciens vêtements qu’il ne remettrait plus jamais, des livres qu’il avait lus ou encore des produits high-techs qui devaient changer sa qualité de vie mais qui s’étaient révélés aussi décevant que le reste. Une fois cette première vague de rangement effectuée, il se sentit bien. Chaque objet dont il se débarrassait sembler l’ôter d’un poids. Eloigné de tous ces biens matériels, il se sentait libéré. 

A part quelques photos qui lui rappelaient d’agréables moments passés, le reste n’avait que peu de valeurs à ses yeux. Un meuble Ikea, une télévision Sony, un fauteuil acheté dans le magasin de déco à la mode. Tout cela lui semblait impersonnel, un appartement parisien comme il devait en exister des centaines.  La frénésie du rangement lui donna une idée folle. Il voulait vendre toutes ses affaires. Partir loin sans aucune contrainte, aucune attache physique. Il attrapa son téléphone et prit une déferlante de photos de tous les meubles dont il disposait. Puis il mit le tout en ligne sur un site de vente entre particuliers.  Il attrapa une petite boîte en carton située derrière son fauteuil et rangea dedans les quelques photos auxquelles il tenait. Il adorait ce sentiment grisant. 

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